Le village de La Bastide-Clairence

 Après avoir été chassée des côtes du Guipúzcoa au début du XIII°siècle, la Navarre s'efforce de reconquérir un accès à la mer, indispensable pour le développement économique du royaume. 

Un droit de transit via l’Adour lui est accordé en 1250. La Joyeuse, la rivière qui traverse le village de La Bastide Clairence est l'affluent le plus proche de l'Adour qui se jette dans l'Océan Atlantique.

C'est donc sur ses rives qu'a été créée en 1312 une bastide appelée Bastida de Clarentza. Les bastide sont les "villes neuves" qui ont été bâties dans le sud-ouest au 13ème et 14ème siècle sur décision de seigneurs locaux, d'autorités religieuses ou de rois (La Bastide Clairence a été fondée sur décision de Louis Premier dit ensuite Louis X le Hutin). Leur fonction première était de regrouper une population pour sécuriser et mettre en valeur un territoire.

Les habitants d'origine étaient composés d'environ 30% de basques et de 70% de gascons, ce qui fait de La Bastide Clairence un territoire Xarnegu (ou Charnégou, de sang mêlé).

Sur le plan architectural, on trouve à La Bastide Clairence, comme dans d'autres villages du Pays Basque, deux styles de maison : 

  • le style labourdin, caractérisé par des colombages (ou pans de bois) rouge ou vert
  • le style navarrais, avec la présence de pierre autour des ouvertures et sur les coins des murs. 
L'église Notre Dame de La Bastide Clairence a été consacrée en 1315 par l'évêque de Pampelune, c'était à l'origine le seul bâtiment en pierre. Elle est entourée d'un cimetière-préau caractéristique des église au Pays Basque encore utilisé par les descendants des premières familles bastidotes.

A l'intérieur, la tribune en bois également typique des églises basques était réservée aux hommes. Etait-ce pour mieux regarder les femmes ? Celles-ci tenaient un rôle important notamment dans les rites funéraires et dans certains cas, une benoîte chargée de l'entretien de l'église pouvait assister le curé durant l'office...

L'église comporte une autre entrée sur son mur latéral gauche : il s'agit de la porte des cagots. Ces habitants exclus du village habitaient des rues biens précises et étaient associés à la peur de la lèpre. Ils prenaient l'eau bénite dans un bénitier à part et suivaient l'office dans le coin le plus sombre de l'église...

La Bastide Clairence a accueilli une communauté de Juifs séfarades fuyant l'Inquisition espagnole et portugaise. La communauté possédait sa synagogue et son cimetière et devait fournir en échange un médecin et un apothicaire. On a recensé dans le cimetière juif situé derrière celui de l'église 62 tombes, datées entre 1610 et 1785.